Jouer dans la terre pour doper votre sérotonine

 Jouer dans la terre est une autre façon d’acquérir de bonnes bactéries. Retournons au jardin, touchons les animaux, mâchouillons de hautes herbes… si nous avions oublié l’essentiel qui fait notre santé ?

Qui n’est pas apaisé, relaxé, la tête vidée du stress du travail grâce au jardinage ? L’activité physique au grand air procure sans contexte un bénéfice, tout comme la satisfaction de faire pousser son alimentation sans engrais chimique, pesticide ou autre substance douteuse de ce genre. Mais saviez-vous que c’est aussi le contact avec la terre et ses bactéries qui est impliqué dans votre bien-être émotionnel et la santé de votre microbiote.

 »Le bonheur est dans le pré », Comment cela fonctionne ?

Dans le sol, un type de bactérie, appelée Mycobacterium vaccae, va se frayer un chemin jusqu’à votre système digestif et contribuer à la diversité de son microbiote (l’ensemble de la vie bactérienne). Il se trouve que cette bactérie favorise la sécrétion de sérotonine, un neurotransmetteur fabriqué à 90 % dans l’intestin. Or, vous avez besoin de celle-ci pour vous sentir heureux. Sans elle et en quantité optimale, c’est la dépression, l’anxiété et voir même les troubles obsessionnels compulsifs qui vous guettent.
Alors pour éviter les antidépresseurs, rien de mieux que d’aller au jardin faire pousser ce qu’il vous chante. Le tout est d’avoir les mains dans la terre. Mais si vous cultivez des plantes comestibles, vous avez encore plus de chance de bénéficier de cet apport providentielle en bactéries. Un légume du supermarché qui a poussé en hydroponie ou avec une tonne de pesticide, et qui bien souvent a été javellisé avant sa commercialisation, n’apporte aucune bactérie. Il est en quelque sorte stérilisé. Votre légume, même lavé, vous apportera tout son potentiel bactérien bénéfique en plus de ses vitamines et minéraux.
Pour profiter au maximum de cet apport en bactéries saines de la terre, je vous recommande manger votre légume cru en salade. Ainsi, vous préserverez ce bénéfice que la cuisson, elle, détruirait.

Non je ne suis pas ésotérique, les études l’ont prouvé

La relation bactéries et humeur a été découverte par accident. A l’Université de Bristol, 2007, initialement la bactérie avait été administrée comme stimulant du système immunitaire à des patients atteints de cancer du poumon par l’oncologue Dr Mary O’Brien. En plus du bénéfice indéniable sur le système immunitaire, il a été constaté une augmentation du sentiment de bonheur, de leur vitalité et le soulagement de la douleur. Les neuroscientifiques Dorothy Matthews et Susan Jenks ont publiée dans le Journal Behavioural Processes, «manger, toucher et respirer un organisme du sol peut être lié au développement de notre système immunitaire et de notre système nerveux. » Des souris à qui on a administré la M. vaccae,  se sont révélées ainsi moins anxieuses en plus d’être plus intelligente que le groupe placebo.

Déjà il y a 30 ans, le psychologue Roger Ulrich publiait dans Science la première étude randomisée démontrant les bienfaits de la nature sur la santé chez des patients hospitalisés après une intervention chirurgicale. Plus récemment, une étude de Carly J. Wood, Jules Pretty et Murray Griffin, dans le Journal of Public Health, September 2016, montrait que les personnes ayant une parcelle dans un jardin familial avaient une meilleure estime de soi, étaient moins dépressives, moins fatiguées et avaient plus de vigueur qu’un groupe contrôle sans jardin familial.

Encore sur le même sujet, des chercheurs japonais ont mis en évidence que des marcheurs en forêts, comparés à des marcheurs en ville, avaient une baisse de 16% de leur niveau de cortisol (hormone du stress), une baisse de 2% de leur tension et une baisse de 4% de leur rythme cardiaque.

Voilà de quoi convaincre les septiques !

Il en est de même pour les allergies.

Les allergies sont bien moins fréquentes chez les enfants en contact avec la terre et les animaux. Ces enfants sont en effet exposés à une plus grande variété de champignons et de bactéries environnementaux. Plusieurs micro-organismes présents naturellement sur la peau réduiraient le risque allergique. L’effet se renforce quand la biodiversité est riche.

Des chercheurs finlandais ont récemment fait part de leur résultat éloquent sur ce sujet. Le Pr Ilkka Hanski du Department of Biosciences de l’Université d’Helsinki, a publié dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences : plus la flore cutanée est diversifiée et moins le risque d’allergie est élevé. En résumé, la biodiversité du milieu de vie protège les enfants contre l’allergie et ses effets cutanés.

Une bactérie dénommée gammaprotéobactérie seraient particulièrement protectrices contre l’allergie. Elle est partout : sur la peau humaine, dans les sols et les végétaux. La diversité et la présence de cette bactérie contribuerait à enrichir la peau de bactéries bénéfiques pour le système immunitaire.

Cela fait déjà une bonne décennie que l’on sait que l’hygiène excessive, l’apparition des désinfectants à main, des antibactériens en lingette… sont un problème majeur pour la santé. Ils tuent peut-être des bactéries pernicieuses mais aussi les bonnes, les protectrices, empêchant ainsi toute protection naturelle de la peau et de l’intestin, de fonctionner comme il se doit.

Tout le monde connait l’excellente santé des enfants Amish. Une étude avait révélé que les enfants vivant en Indiana, sont moins confrontés à l’asthme en raison des méthodes d’élevage qui les exposent davantage aux microbes des animaux de la ferme. L’utilisation des chevaux comme moyen de transport et pour les travaux des champs leur permettent un contact direct et régulier avec les animaux. Ces enfants boivent du lait cru (donc non pasteurisés), font vacciner leurs enfants et sont nourris au sein. Ils n’ont pas d’animaux domestiques à l’intérieur de leurs maisons. Or, seuls 5 % de ces enfants en âge d’être scolarisés ont de l’asthme, la moitié de la moyenne nationale américaine. (Carole Ober, professeure de génétique humaine à l’université de Chicago et coauteure de l’étude)

Les Amish vivent sur des fermes laitières où ils utilisent des chevaux comme moyen de transport et pour les travaux des champs. © Stan Honda, AFP

Considérez ces bactéries comme une sorte d’antidépresseur naturel. Elles vous feront du bien ! Laissez vos enfants se rouler dans la terre, creuser des trous dans la boues, machouiller des brins d’herbes, toucher les animaux à la fermes. Ils seront moins malades, moins allergies et plus heureux. Et vous aussi !